2026, site web génératif, photographie, installation sonore
https://www.reynalddrouhin.net/works/lithopolis/
Lithopolis est un territoire génératif construit collectivement par les connexions Internet. Chaque visiteur y introduit une présence : son adresse IP est traduite selon une règle fixe en un monolithe unique. Une même adresse produit toujours la même forme, qui vient prendre place parmi celles déjà présentes.
La cité n’est dessinée par personne. Elle ne résulte ni d’un plan préalable ni d’une composition décidée à l’avance. Elle se constitue progressivement, connexion après connexion, par l’accumulation de présences anonymes. Le réseau produit ainsi son propre territoire et conserve la mémoire spatiale de ceux qui l’ont traversé.
Lithopolis ne cherche pas à représenter Internet ni à visualiser ses données. L’adresse IP ne contient aucune architecture et aucune forme. Celles-ci apparaissent seulement lorsqu’une donnée technique est soumise à un protocole de traduction. Ce passage de l’adresse à la géométrie constitue le principe du projet : le protocole n’est plus seulement ce qui permet à l’œuvre de fonctionner, il devient son matériau.
Le territoire qui en résulte est stable, mais il n’est pas immobile. Des phénomènes le traversent, réagissent à l’activité du réseau et à la présence des visiteurs, puis se résorbent. Le protocole ne se laisse pas modifier ; seuls ses phénomènes peuvent être perturbés. La structure demeure tandis que ses manifestations rendent perceptible une activité invisible.
Une même cité peut être parcourue et interprétée de plusieurs manières. Selon le point de vue ou le mode de représentation, elle devient cartographie, architecture, paysage ou abstraction. Ce ne sont pas plusieurs territoires : les données et les formes restent les mêmes, seule leur traduction plastique change. Le projet met ainsi en évidence l’écart qui existe entre une donnée et les représentations que l’on peut en produire.
Cette construction possède également une dimension sonore. Les monolithes constituent un paysage acoustique spatialisé qui se transforme selon la position et le déplacement du visiteur. Voir et entendre deviennent deux manières de parcourir une même structure, sans qu’aucune ne puisse prétendre en donner une représentation définitive.
Lithopolis ne représente pas une communauté. Aucun visage, aucun nom et aucune identité déclarée n’y apparaissent. Le territoire est la conséquence de présences qui ne se connaissent pas et ne se rencontrent peut-être jamais, mais dont les connexions successives construisent malgré tout un espace commun. L’infrastructure du réseau, habituellement invisible derrière ses usages, devient ainsi paysage, mémoire et lieu collectif.
Lithopolis is a generative territory collectively constructed through Internet connections. Each visitor introduces a presence: their IP address is translated according to a fixed rule into a unique monolith. The same address always produces exactly the same form, which takes its place among those already present.
The city is drawn by no one. It results neither from a pre-existing plan nor from a composition decided in advance. It gradually takes shape, connection after connection, through the accumulation of anonymous presences. The network thus produces its own territory and retains a spatial memory of those who have passed through it.
Lithopolis does not seek to represent the Internet or visualize its data. An IP address contains neither architecture nor form. These emerge only when technical data is subjected to a translation protocol. This passage from address to geometry forms the principle of the project: the protocol is no longer merely what enables the work to function, it becomes its material.
The resulting territory is stable, but not static. Phenomena move through it, react to network activity and to the presence of visitors, then gradually fade. The protocol itself cannot be altered; only its phenomena can be disturbed. The structure remains while its manifestations make an invisible activity perceptible.
The same city can be explored and interpreted in several ways. Depending on the viewpoint or mode of representation, it becomes cartography, architecture, landscape, or abstraction. These are not different territories: the data and forms remain the same, only their visual translation changes. The project thus reveals the gap between data and the representations that can be produced from it.
This construction also has a sonic dimension. The monoliths form a spatialized acoustic landscape that changes according to the visitor’s position and movement. Seeing and hearing become two ways of exploring the same structure, without either claiming to provide a definitive representation of it.
Lithopolis does not represent a community. No faces, names, or declared identities appear within it. The territory is the consequence of presences that do not know one another and may never meet, yet whose successive connections nevertheless construct a shared space. The network infrastructure, usually invisible behind the uses it enables, thus becomes landscape, memory, and collective place.


