Code Source est un système pictural ouvert, pensé comme une suite d’images instables plutôt que comme une série close. Les peintures fonctionnent comme des états provisoires d’un même processus, des frames extraits d’un flux visuel plus vaste, soumis à des logiques de saturation, de corruption et d’effacement.

Le projet ne représente pas l’effondrement d’un monde, mais la persistance d’images devenues partiellement illisibles. Les motifs récurrents (monolithe, origine, ville, écran noir) ne relèvent pas de la narration ou du symbole. Ils agissent comme des fonctions plastiques, susceptibles de réapparaître, de muter ou de disparaître selon les contextes d’exposition et de production.

Chaque activation du projet correspond à une réactualisation du système. De nouvelles peintures peuvent prolonger, altérer ou contredire les précédentes (outpainting, recadrage, interruption, effacement). L’ordre de présentation n’est jamais définitif. Le projet accepte l’obsolescence et intègre l’erreur comme moteur de production.

La peinture est ici envisagée comme une surface de calcul défaillante. Elle ne cherche ni la résolution visuelle ni la clôture formelle. Elle maintient une tension entre lisibilité et saturation, entre image et écran, entre matière et information.

Code Source propose ainsi un espace d’exposition non comme un lieu de stabilisation des œuvres, mais comme un moment temporaire d’exécution du système.

2022-26, série de peintures, en cours, dimensions variables


Code Source  (série de peintures)

Ce projet ne décrit pas un monde en ruine.
Il montre un monde mal exécuté.

Chaque peinture fonctionne comme un état instable d’un même système visuel (une image qui tente de se maintenir alors que son code interne se dégrade). Il ne s’agit pas de paysages successifs, mais de frames extraits d’un flux plus vaste, compressés, partiellement corrompus, privés de toute narration.

La peinture agit ici comme une surface de calcul défaillante.


1. Monolithe

2022, peinture acrylique, 61 × 50 cm

Le projet s’ouvre sur une intrusion.

Un bloc noir inversé apparaît dans le paysage, sans justification, sans transition. Il ne dialogue pas avec son environnement (il le contredit). Sa géométrie est trop nette, trop autoritaire pour appartenir au monde organique qui l’entoure.

Ce monolithe n’est ni symbole ni sculpture. Il agit comme une erreur d’initialisation (un code injecté là où il ne devrait pas être). Le paysage continue d’exister, mais déjà sous contrainte.


2. L’Origine

2022, peinture acrylique, 65 × 54 cm

Ici, l’anomalie atteint le centre.

En référence formelle à L’Origine du monde de Courbet, la peinture détourne l’idée d’un point fondateur. L’origine n’est plus un lieu de naissance, mais un noyau de contrôle. Le monolithe noir occupe la zone centrale comme une absence de données, un pixel mort agrandi à l’échelle du tableau.

Autour de lui, la matière picturale surchauffe. Les rouges et les ocres ne relèvent plus du paysage, mais d’un excès d’énergie, d’un système qui commence à saturer. L’image reste lisible, mais elle est déjà instable.


3. La Ville (paysage)

2025, peinture acrylique, 141 × 94 cm (en cours)

Cette peinture prolonge L’Origine par un outpainting massif.

La ville n’est pas représentée comme un lieu, mais comme un résidu de compression. Les formes architecturales subsistent à l’état de traces, étirées, raclées, dissoutes dans la matière. La skyline ne fonctionne plus comme un horizon (elle devient une masse écrasée, sans hiérarchie).

Le ciel n’est plus météorologique, mais technologique. Il alterne zones mates et zones brillantes, empâtements secs et jus dilués, comme si plusieurs régimes d’affichage entraient en conflit.

Il n’y a ni victime, ni héros, ni récit. Seulement une image qui tente de se maintenir alors que sa logique interne s’effondre.


4. Sans titre

2026, peinture acrylique, 140 × 91 cm (en cours)

Cette dernière peinture marque l’arrêt du flux.

Elle ne cherche plus à produire une image, mais à faire écran. Le motif disparaît au profit de zones d’effacement, d’aplats autoritaires, de noirs mats qui absorbent toute lecture. Le monolithe n’est plus identifiable comme forme (il subsiste comme une absence, une coupure, un silence visuel).

Ce n’est pas une conclusion.
C’est un black screen.

Le monde n’a pas disparu (il a cessé de répondre).


Notes :

Projet pictural et expérimental associant intelligence artificielle et pratique de la peinture

Présentation du projet
« Code Source » est une série en cours qui interroge les relations entre génération d’images par intelligence artificielle et matérialisation picturale. Le projet s’intéresse à la partie invisible des images (leur structure algorithmique, leur logique interne, leur mode de production) et propose de la rendre perceptible sous la forme de peintures acryliques. Le titre renvoie à ce qui fonde une image avant son apparition, à la fois origine, matrice et zone cryptée.

Démarche artistique
La conception visuelle des œuvres repose sur l’utilisation de modèles d’intelligence artificielle (génération d’images et techniques d’extension d’image). Ces premières images constituent une base de travail qui est ensuite interprétée et reconfigurée par la peinture. Ce protocole met en tension deux systèmes : un système computationnel (production algorithmique) et un système sensible (traduction manuelle, gestes, choix chromatiques, altérations).
Le projet questionne ainsi la circulation des formes entre calcul et matière, mais aussi la transformation de la notion de paysage à l’ère du numérique et de l’anthropocène.

Axes conceptuels et thématiques

  • Paysage post-anthropocène (entre fiction, ruine et projection)

  • Image comme zone de données et non plus simple surface visible

  • Co-existence de deux généalogies de l’image (numérique et picturale)

  • Origine / fin, apparition / effacement, création / programmation

  • Présence de l’IA comme outil, agent ou co-auteur (selon positionnement critique)

Forme des œuvres
Les peintures sont réalisées à l’acrylique sur toile, aux formats variables. Elles résultent d’un double processus : génération algorithmique en amont, transposition picturale en aval. Les compositions oscillent entre figuration et abstraction, et convoquent des éléments récurrents (monolithes, structures isolées, paysages fragmentés, résidus géologiques ou technologiques).

Mise en oeuvre de plusieurs intelligence artificiel (Disco Diffusion, Open ai et ChatGPT)

 

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