Monochrome(s)

Commencé en 2005, Monochrome(s) est un projet génératif sur Internet qui utilise le moteur de recherche Google Images pour tenter de produire des monochromes à partir d’images trouvées sur le Web. Rouge, vert, bleu, noir ou blanc deviennent des critères de recherche autour desquels se constitue une base de milliers d’images.

Le dispositif poursuit un objectif volontairement paradoxal : obtenir un aplat de couleur homogène à partir d’une multitude d’images hétérogènes. Chaque fragment est sélectionné pour sa proximité chromatique, mais conserve ses propres formes, textures et accidents. De loin, l’ensemble tend vers le monochrome ; de près, il révèle une mosaïque instable de représentations prélevées dans le réseau.

L’échec à produire une couleur parfaitement uniforme devient ainsi le véritable moteur de l’œuvre. Le monochrome n’est jamais atteint comme surface idéale. Il apparaît dans l’écart entre la règle imposée au programme et la diversité imprévisible des résultats fournis par le Web. Le bruit, l’erreur et les différences ne perturbent pas le processus : ils lui donnent sa forme.

Parce que les résultats des moteurs de recherche évoluent, Monochrome(s) est également un instantané du Web à un moment donné. Une même recherche effectuée quelques mois ou quelques années plus tard ne produirait plus exactement la même couleur ni la même composition. Le monochrome devient ainsi une mesure provisoire de l’état des images circulant sur le réseau.

Les tirages photographiques réalisés en 2006 fixent certains états de ce processus génératif. Ils transforment un flux mouvant et potentiellement infini en une surface matérielle où plusieurs milliers d’images peuvent être observées simultanément. Le passage du réseau à la photographie ne constitue donc pas simplement une reproduction : il suspend momentanément le processus et donne une forme physique à un état éphémère du Web.

Entre peinture, photographie, mosaïque et base de données, Monochrome(s) déplace ainsi une forme historique de l’abstraction vers le fonctionnement des moteurs de recherche. Le monochrome n’est plus obtenu par réduction de l’image, mais par accumulation. Une couleur apparemment simple devient la somme instable de milliers d’images différentes.

Monochrome(s), site web (désactivé en 2020)

http://www.reynalddrouhin.net/works/monochromes/

monochromes-noir
Monochrome(s) N., 2006, 2 tirages lambda sur diasec avec chassis aluminium, 84,67 x 84,67 cm.

monochromes-blanc
Monochrome(s) B., 2006, 2 tirages lambda sur diasec avec chassis aluminium, 84,67 x 84,67 cm.

monochromes-rouge
Monochrome(s) R., 2006, 2 tirages lambda sur diasec avec chassis aluminium, 84,67 x 84,67 cm.

monochromes-vert
Monochrome(s) V., 2006, 2 tirages lambda sur diasec avec chassis aluminium, 84,67 x 84,67 cm.

monochromes-bleu
Monochrome(s) B., 2006, 2 tirages lambda sur diasec avec chassis aluminium, 84,67 x 84,67 cm.

monochromes-n-n

monochrome-rvb-install3
Monochrome(s) R V B, 2005, installation multimédia générative, sans son.


Vues de l’exposition Sans titre

Captures des versions génératives


Begun in 2005, Monochrome(s) is an Internet-based generative project that uses Google Images to attempt to produce monochromes from images found on the Web. Red, green, blue, black, and white become search criteria around which a database of thousands of images is assembled.

The work pursues a deliberately paradoxical objective: to obtain a homogeneous field of color from a multitude of heterogeneous images. Each fragment is selected for its chromatic proximity, yet retains its own forms, textures, and visual accidents. From a distance, the whole tends toward monochrome; up close, it reveals an unstable mosaic of representations extracted from the network.

The failure to produce a perfectly uniform color thus becomes the true engine of the work. The monochrome is never reached as an ideal surface. It appears in the gap between the rule imposed on the program and the unpredictable diversity of the results supplied by the Web. Noise, error, and difference do not disrupt the process; they give it form.

Because search engine results are constantly changing, Monochrome(s) is also a snapshot of the Web at a given moment. The same search carried out months or years later would no longer produce exactly the same color or composition. The monochrome thus becomes a provisional measure of the state of images circulating across the network.

The photographic prints produced in 2006 fix certain states of this generative process. They transform a moving and potentially infinite flow into a material surface on which several thousand images can be observed simultaneously. The passage from network to photograph is therefore not simply a reproduction: it temporarily suspends the process and gives physical form to an ephemeral state of the Web.

Between painting, photography, mosaic, and database, Monochrome(s) shifts a historical form of abstraction toward the functioning of search engines. The monochrome is no longer obtained through the reduction of the image, but through accumulation. An apparently simple color becomes the unstable sum of thousands of different images.